Chefchaouen s'accroche à un versant du Rif, dans le nord du Maroc : une petite ville aux maisons chaulées, passées dans toutes les nuances de bleu. L'essentiel de ce qu'il y a à voir à Chefchaouen se vit lentement : flâner tôt dans les ruelles, monter à un point de vue pour le coucher du soleil, goûter le fromage de chèvre frais et passer une journée au bord de la rivière à Akchour. Ce guide vous dit quoi voir, comment venir depuis Fès ou Tanger et combien de temps rester.
À Chefchaouen, parcourez la médina bleue tôt le matin, visitez la kasbah de la place Outa el-Hammam, suivez le ruisseau jusqu'à Ras el Ma et montez à la mosquée espagnole au coucher du soleil. Restez deux nuits si possible : une journée pour la ville, une pour les cascades d'Akchour et le pont de Dieu. Comptez environ 4 heures de route depuis Fès et 2 h 30 à 3 heures depuis Tanger.
Pourquoi Chefchaouen est bleue
Il n'existe pas de réponse unique et certaine, et les habitants vous en proposeront volontiers trois. La version la plus répandue relie la couleur aux familles juives installées dans la ville, pour qui le bleu évoquait le ciel et le divin. D'autres affirment que la chaux teintée éloigne les moustiques ou garde les maisons plus fraîches en été. Et beaucoup vous diront, avec un haussement d'épaules, qu'on repeint parce que les visiteurs adorent ça — ce qui est en partie vrai aujourd'hui.
La ville a été fondée à la fin du XVe siècle comme forteresse de montagne et est longtemps restée fermée aux étrangers. Elle a ensuite fait partie du protectorat espagnol du Nord : c'est pourquoi on vous parle souvent espagnol dans les boutiques et que l'on voit des touches andalouses au milieu du bleu, toits de tuiles et balcons en fer forgé. Son nom vient des deux sommets qui la dominent, comparés à des cornes.
Que voir à Chefchaouen et que faire
La médina avant 9 heures
La médina est si petite qu'on ne s'y perd jamais longtemps : dans le doute, descendez et vous arriverez sur la place principale. Son charme tient aux ruelles latérales : escaliers, arcs bas, portes encadrées d'un bleu plus soutenu. Sortez tôt, avant l'arrivée des excursions à la journée, quand les commerçants balaient leur seuil et que la lumière est douce. Les quartiers hauts, vers la porte de Bab Onsar, sont les plus calmes.
La place Outa el-Hammam et la kasbah
La place principale est le cœur social de la ville : des terrasses sous les arbres et le minaret octogonal de la Grande Mosquée. D'un côté se dresse la kasbah, dont les murs ocre tranchent volontairement avec le bleu. À l'intérieur, un jardin ombragé, un petit musée et une tour d'où l'on embrasse les toits. Revenez sur la place à la nuit tombée, quand les familles sortent et que les cafés se remplissent.
Ras el Ma, la source
À la lisière est de la médina, une source jaillit de la roche et descend le long d'anciens lavoirs en pierre, où les femmes lavent encore tapis et linge. C'est le coin le plus frais de la ville par un après-midi chaud. Des moulins à grain bordaient autrefois le ruisseau ; il en reste quelques constructions. Près des lavoirs, gardez l'appareil photo rangé, sauf invitation claire.
Le coucher de soleil depuis la mosquée espagnole
Depuis Ras el Ma, un sentier traverse le ruisseau et grimpe sur la colline d'en face jusqu'à une mosquée blanche bâtie à l'époque espagnole et aujourd'hui désaffectée. Comptez environ une demi-heure à pied, sur une piste en terre avec quelques passages raides. Là-haut, toute la ville s'étale devant vous et, au coucher du soleil, le bleu s'adoucit pendant que monte l'appel à la prière. Prévoyez une lampe pour la descente, ou redescendez avec les dernières lueurs.
Goûter la cuisine locale
Le Rif est un pays de chèvres, et le fromage de chèvre frais est la spécialité locale : avec du pain, de l'huile d'olive et du miel, ou en salade. Cherchez aussi la bissara, une soupe épaisse de fèves vendue le matin, ainsi que le miel de montagne et l'huile des petites épiceries. Un déjeuner en terrasse au-dessus de la place repose les jambes.
Couvertures et lainages
Chefchaouen est réputée pour son tissage : épaisses couvertures de laine rayées de rouge et de blanc, djellabas à capuche, écharpes douces. Certains ateliers ont encore un métier à tisser en marche. On marchande, mais dans une ambiance bien plus posée que dans les grands souks : prenez votre temps et comparez.
Une journée à Akchour et au pont de Dieu
Si vous restez une deuxième journée, partez pour Akchour, dans le parc national de Talassemtane, à environ une heure de route vers l'est. Au bout de la route, deux sentiers longent la rivière. L'un mène au pont de Dieu, une arche naturelle de roche haut perchée au-dessus de l'eau, à environ une heure de marche. L'autre remonte les gorges de vasque en vasque jusqu'à une série de cascades ; atteindre les plus grandes et revenir prend presque toute la journée.
Mettez des chaussures qui supportent l'eau — il y a des gués — et emportez de l'eau et un en-cas, même si de petites buvettes jalonnent le début du chemin. De la fin du printemps à l'été, les vasques sont froides mais on peut s'y baigner. Après de fortes pluies d'hiver, la rivière peut être trop haute pour traverser : renseignez-vous avant de partir. Le week-end en été, les familles des villes voisines affluent ; un matin de semaine, vous aurez bien plus d'espace.
Comment aller à Chefchaouen
Depuis Fès
La route fait environ 200 km et demande à peu près 4 heures, à travers les terres agricoles puis en montant dans le Rif par Ouazzane. L'aller-retour dans la journée depuis Fès est possible, mais cela représente environ 8 heures de voiture pour quelques heures sur place : mieux vaut y dormir. Beaucoup de voyageurs enchaînent Chefchaouen et Fès, puis descendent vers le Sahara : notre circuit désert de Fès à Marrakech couvre cette seconde partie.
Depuis Tanger
Tanger est plus proche : environ 110 km, de 2 h 30 à 3 heures via Tétouan. Si vous arrivez au Maroc par le ferry ou en avion à Tanger, Chefchaouen est la première étape logique. Notre circuit de 8 jours dans le désert au départ de Tanger passe la première nuit dans la ville bleue avant de filer vers Fès et les dunes de Merzouga.
En car ou avec chauffeur
Des cars de ligne relient Chefchaouen à Fès, Tanger et Tétouan ; ils sont bon marché, mais complets en période chargée, alors achetez votre billet la veille. Il n'y a pas de train. Avec un chauffeur privé au Maroc, vous pouvez vous arrêter à Volubilis ou Meknès en venant de Fès, ou à l'embranchement d'Akchour, et vous êtes déposé au plus près de votre riad.
Combien de temps rester
Une nuit est le minimum raisonnable : arrivée l'après-midi, montée à la mosquée espagnole pour le coucher du soleil, et le lendemain matin les ruelles presque pour vous seul. Deux nuits, c'est mieux : la deuxième journée suffit pour Akchour ou une randonnée sur les collines derrière la ville. Trois nuits conviennent aux marcheurs et à ceux qui veulent simplement ralentir après Fès ou Marrakech. Notre circuit de 15 jours au Maroc depuis Tanger prévoit justement cette journée de plus pour les cascades d'Akchour.
Quand partir
Le printemps (de mars à mai) est la meilleure saison : collines vertes, fleurs sur les seuils et journées douces. L'automne, de septembre à novembre, est agréable lui aussi. L'été est chaud sans être écrasant — plus frais qu'à Fès ou Marrakech — mais la ville est très fréquentée, surtout en août. L'hiver, à cette altitude, il fait froid et il pleut souvent, les sommets peuvent blanchir et les riads ne sont pas toujours bien chauffés : renseignez-vous sur le chauffage avant de réserver et prévoyez un pull chaud.
Conseils pratiques pour la ville bleue
- Photographiez avec tact. Des gens vivent dans ces ruelles. Ne vous asseyez pas sur les seuils, ne déplacez pas les pots de fleurs et ne photographiez personne — surtout les femmes et les enfants — sans demander.
- De bonnes chaussures. Les rues sont pentues, en escaliers et glissantes par temps de pluie.
- Ayez du liquide. Les petites boutiques et les cafés acceptent rarement la carte ; il y a des distributeurs près de la place et dans la ville nouvelle.
- Refusez poliment le kif. Le Rif est une région de culture du cannabis et on pourra vous en proposer. L'acheter ou le consommer reste illégal pour les voyageurs ; un « non, merci » ferme suffit.
- Tenue discrète. C'est une petite ville de montagne conservatrice : épaules et genoux couverts, c'est respectueux pour tout le monde.
- Voyagez léger. Les voitures n'entrent pas dans la médina ; vous devrez peut-être porter votre sac dans les escaliers jusqu'au riad.
Chefchaouen et le Sahara dans le même voyage
Chefchaouen et le désert sont aux deux extrémités du pays, mais l'itinéraire qui les relie est un classique : la ville bleue, puis Volubilis et Meknès, ensuite Fès et, de l'autre côté du Moyen Atlas, une nuit en bivouac dans les dunes de l'Erg Chebbi. Au départ de Casablanca, notre circuit de 8 jours villes impériales et désert suit exactement ce tracé avant de bifurquer vers Marrakech. Pour savoir ce qui vous attend au bout, lisez notre guide du désert de Merzouga, ou comparez durées et parcours parmi tous nos circuits au Maroc.
Chefchaouen : questions fréquentes
Chefchaouen vaut-elle le détour ?
Oui, à condition d'y passer au moins une nuit. Elle est plus petite et plus calme que les villes impériales, avec l'air de la montagne et des balades faciles, et se combine très bien avec Fès ou Tanger.
Peut-on visiter Chefchaouen dans la journée depuis Fès ?
C'est possible, mais cela fait environ 8 heures de route pour quelques heures sur place, et vous manquez le calme du soir et du matin. Une nuit sur place est un bien meilleur choix.
Faut-il un guide à Chefchaouen ?
Pas pour la médina : elle est petite et facile à explorer seul. Un guide local est utile pour les randonnées dans les collines ou pour découvrir l'histoire de la ville.
Chefchaouen convient-elle aux familles ?
Oui. Les enfants aiment en général les couleurs, les chats et le ruisseau de Ras el Ma. Préférez un porte-bébé à la poussette : les ruelles sont pleines de marches.
Peut-on aller de Chefchaouen au Sahara ?
Oui, en passant par Fès. On y passe généralement une ou deux nuits, puis une journée complète de route à travers le Moyen Atlas jusqu'à Merzouga, où vous attend la nuit au bivouac.